FES OUVRE SES PORTES AU FESTIVAL DE LA CULTURE SOUFIE ET DES SAGESSES DU MONDE 2026

Au cœur de la cité spirituelle du Maroc, le soufisme comme art de vivre, chemin de connaissance et promesse d’universel
À l’occasion de la 18ᵉ édition du Festival de Fès de la Culture Soufie et des Sagesses du Monde, du 17 au 24 octobre 2026, la ville millénaire renoue avec l’une de ses vocations les plus profondes : faire de la beauté un chemin vers l’essentiel, de la poésie une expérience intérieure et de la spiritualité un langage capable de rapprocher les êtres.
Il est des villes que l’on visite et d’autres que l’on apprend à écouter.

Fès appartient à cette seconde catégorie. Il faut accepter de s’y perdre pour commencer à la comprendre, ralentir son pas, abandonner quelque temps l’impatience du monde et consentir à cette disponibilité rare qui permet aux lieux de révéler leur véritable nature. Car Fès ne se livre pas d’un seul regard. Elle se découvre par strates, dans la profondeur de ses ruelles, la pénombre de ses passages, la lumière de ses patios, le murmure de ses fontaines et la résonance de ses voix. Elle s’éprouve autant qu’elle se contemple.

Dans cette ville du nord du Maroc, dont la mémoire se confond avec celle d’une civilisation, le spirituel n’est pas une abstraction réservée aux livres ni un vestige précieusement conservé derrière les portes des sanctuaires. Il imprègne une manière d’habiter le monde. Il se reconnaît dans la patience d’un artisan, dans la mesure d’un geste, dans la transmission d’un savoir, dans la cadence d’un chant et dans cette attention à l’invisible qui confère parfois aux choses les plus ordinaires une profondeur inattendue.

À Fès, la beauté ne se réduit jamais tout à fait à sa forme. Elle suggère un au-delà d’elle-même.
C’est précisément cette intuition qui donne au Festival de Fès de la Culture Soufie et des Sagesses du Monde sa résonance singulière. Du 17 au 24 octobre 2026, la cité spirituelle accueillera sa dix-huitième édition, placée sous le haut patronage de sa Majesté le Roi Mohammed VI et sous le signe d’une proposition aussi poétique que profondément contemporaine : « La poésie mystique, élixir de guérison ». Une invitation à retrouver, au-delà du bruit et de la dispersion, le pouvoir de la parole habitée, de l’écoute véritable et de la beauté lorsqu’elles deviennent des voies de réconciliation intérieure.

Dans un monde traversé par les fractures, les inquiétudes et l’accélération permanente, Fès propose une autre temporalité. Non pas une fuite hors du présent, mais une manière différente de l’habiter. Une manière de revenir à l’essentiel.
Il existe une géographie que les cartes ne suffisent pas à décrire. Elle ne se mesure ni en kilomètres ni en altitudes, mais en épaisseurs de mémoire, en intensités de présence, en chemins de transmission.

Fès appartient à cette géographie intérieure. Fondée à la fin du VIIIᵉ siècle, la ville s’est progressivement affirmée comme l’un des grands foyers intellectuels, religieux et artistiques du Maroc. Sa médina, avec son réseau dense de ruelles, ses médersas, ses mosquées, ses fondouks et ses maisons organisées autour de cours intérieures, compose un univers où l’architecture semble répondre à une certaine idée de l’existence : protéger l’intimité, ménager le retrait, ordonner les formes et conduire le regard vers un centre.

Cette organisation n’est pas sans évoquer une sensibilité spirituelle dans laquelle le visible ne prend pleinement sens qu’à travers ce qu’il laisse pressentir. La porte s’ouvre sur un passage, le passage sur une cour, la cour sur une fontaine, et la fontaine sur le silence. À mesure que l’on avance, la ville semble enseigner une forme de retenue. Elle ne donne pas tout immédiatement. Elle demande de l’attention. Au cœur de cette histoire, l’université Al Quaraouiyine, fondée en 859 selon la tradition historique généralement retenue, témoigne de la place considérable occupée par Fès dans la circulation des savoirs.

Au fil des siècles, la ville a accueilli des savants, des juristes, des théologiens, des lettrés, des poètes et des maîtres spirituels. Elle s’est construite à la rencontre de plusieurs héritages : amazigh, arabe, andalou et africain, entre autres influences qui ont contribué à façonner la richesse de sa culture.

Cette profondeur historique ne saurait être ramenée à une image figée de l’âge d’or. Fès est une ville vivante, traversée par les transformations de son époque, confrontée aux défis du patrimoine, du tourisme et de la modernité. Mais elle conserve une qualité rare : celle de rendre sensible la continuité entre la vie quotidienne et une mémoire qui la dépasse. Dans ses ruelles, le passé n’est pas seulement derrière soi. Il demeure une présence, parfois discrète, qui accompagne le présent.
La spiritualité de Fès tient aussi à cette continuité.

Elle ne réside pas uniquement dans les grands monuments ni dans les cérémonies exceptionnelles. Elle se transmet par des pratiques, des gestes et des paroles. Elle s’incarne dans la relation au savoir, dans la discipline de l’artisanat, dans l’hospitalité, dans les traditions musicales et dans les formes de sociabilité qui font de la culture un héritage partagé plutôt qu’un objet de contemplation distante.

Le soufisme, dans cet environnement, ne constitue donc pas une simple composante du patrimoine local. Il offre l’une des clés de lecture de cette relation singulière entre connaissance, beauté et transformation intérieure.
Fès ne se contente pas de conserver une mémoire spirituelle. Elle continue de lui donner une voix.
Le soufisme, ou l’art de devenir plus humain
Le soufisme est souvent évoqué à travers ses images les plus immédiatement séduisantes : la musique envoûtante, les poèmes d’amour, les derviches en mouvement, les assemblées de chant et les récits de maîtres inspirés. Ces manifestations ont leur beauté propre. Mais elles ne prennent toute leur signification que lorsqu’on les rapporte à l’exigence intérieure qui les anime.

Au cœur de nombreuses traditions soufies se trouve une aspiration fondamentale : dépasser l’emprise de l’ego pour accéder à une relation plus juste à soi-même, aux autres et au divin. Cette quête ne se confond ni avec une recherche de sensations extraordinaires ni avec un désir de se soustraire aux réalités du monde. Elle implique, au contraire, un travail sur soi, une discipline du cœur, une attention portée aux intentions et une transformation progressive du regard.

Le soufisme invite à distinguer l’apparence de la profondeur, la possession de la disponibilité, le bruit de la présence. Il rappelle que la connaissance ne se réduit pas à l’accumulation de notions et que la sagesse ne se mesure pas uniquement à la puissance du discours. Savoir, dans cette perspective, c’est aussi apprendre à devenir.
Cette dimension éthique est essentielle. La voie spirituelle engage une manière d’être au monde : davantage d’humilité, de patience, de générosité et de lucidité. Elle demande de reconnaître en l’autre autre chose qu’une différence à surmonter ou une identité à classer. Elle suppose une vigilance à l’égard de soi-même, car l’orgueil peut se glisser jusque dans la recherche du sacré.

C’est pourquoi l’amour occupe une place si centrale dans la littérature mystique. Non pas seulement l’amour comme sentiment privé ou émotion passagère, mais comme force de décentrement, capacité à sortir de la clôture du moi, mouvement vers une réalité plus vaste.
Chez les grands poètes soufis, l’amour devient un langage pour dire l’indicible. Il exprime à la fois le manque et l’accomplissement, l’absence et la présence, la séparation et le désir de retrouver l’unité. Il ne supprime pas la condition humaine : il en révèle les tensions, les fragilités et les possibilités de dépassement.

Cette conception trouve un écho particulier au Maroc, où différentes traditions soufies ont contribué, au fil des siècles, à la vie religieuse, à la transmission du savoir et à la formation de communautés spirituelles. Leurs héritages sont pluriels, leurs pratiques diverses, leurs sensibilités distinctes. Les réduire à une seule esthétique ou à une expérience uniforme reviendrait à méconnaître leur richesse.

À Fès, cette pluralité se manifeste dans la vitalité des traditions du samâ‘, l’écoute spirituelle, dans les chants dévotionnels, dans les pratiques de mémoire divine et dans la transmission des répertoires poétiques et musicaux. Il ne s’agit pas simplement d’écouter une musique ancienne. Il s’agit de comprendre comment une voix, un rythme ou une parole peuvent participer à une expérience collective du sens.

Le Festival de Fes de la Culture Soufie et des Sagesses du Monde prend place dans cet espace exigeant : celui d’une spiritualité qui se donne à entendre sans se laisser réduire au spectacle, et d’un patrimoine vivant qui peut parler au monde contemporain sans renoncer à sa profondeur.

Bouchra KIBBOU

#FESTIVALDELACULTURESOUFIEDEFES


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