
Les rencontres avec l’art commencent pour Jacques Nougaro à l’age de vingt ans lors d’un voyage en Grèce, où il est séduit par la beauté et l’esthétique de la statue d’Hermès de Praxitèle, une merveille d’élégance à ses yeux.
Issu d’un parcours d’autodidacte dans l’univers de lart, cet ingénieur de formation était doué pour les caricatures dans sa jeunesse, qu’il réalisait toujours de mémoire. Il possède ainsi un album de plus de 400 caricatures.
En 1982, alors Dirigeant d’une entreprise industrielle dans l’aéronautigue il s inscrit à des cours du soir sur histoire de art à l’Ecole du Louvre.
Durant cette expérience merveilleuse, il découvre le peintre Chardin, maître incontesté des natures mortes. Cette révélation éveille en lui le désir d’essayer de peindre à l’huile, et, il achete un livre intitulé comment peindre à l’huile. Les œuvres de Chardin l’émeuvent profondément : il éprouve toujours un immense bonheur à contempler ses tableaux, car, à ses yeux, la vie se dégage de chaque toile. Les objets y semblent habités, comme s’ils communiquaient et dialoguaient entre eux, créant une atmosphère silencieuse mais intensément vivante. Il souligne que l’expression anglaise still life est beaucoup plus revelatrice de ce qu’il ressent que le mot français nature morte qui est tres réducteur.

Selon lui l’art naît quand on regarde longtemps une chose simple jusqu’à en percevoir la beauté silencieuse. Pour lui l’art est un acte de création, de liberté, d’appropriation du réel enrichi de nos impressions et de nos sentiments et qui ajoute quelque chose d’invisible au visible que nous avons sous les yeux et avec le travail subtil de la lumière l’art permet de reveler la beauté de la vie et c’est ce qu’il essaie de traduire, de ressentir et d’exprimer dans chacunes de ses œuvres.
Son premier tableau à l’huile fut une copie d’une nature morte de Chardin. Encouragé par cette première expérience, il en réalisa trois autres, approfondissant peu à peu sa technique et son rapport à la matière. Cependant, très pris par les exigences de son travail, il dut progressivement délaisser la peinture. Cette passion mise entre parenthèses l’éloigna des pinceaux pendant trente-cinq ans, marquant une longue interruption dans son parcours artistique.

Il a cependant toujours conservé un lien étroit avec l’art, même durant cette longue période d’éloignement de la peinture. De temps à autre, il dessinait quelques esquisses de sanguines, de pastels, de portraits, notamment ceux de son fils et de sa fille, cherchant à saisir leur expression et leur présence. Il dessinait également quelques corridas, attiré par l’intensité du mouvement, l’énergie des corps et la dynamique des scènes, qui nourrissaient son goût pour une peinture vivante et expressive.
En 2018, au moment de son départ à la retraite, il décide de reprendre pleinement la peinture. Désireux de se remettre en selle, il aimait se rendre dans une galerie parisienne proche de son domicile, un lieu inspirant qui lui permettait de raviver son regard artistique et de retrouver l’élan créatif. C’est dans ce contexte que renaît véritablement sa passion pour la peinture, concrétisée par la réalisation d’un paysage de montagne représentant l’endroit où il aimait se rendre avec ses enfants pour skier, son travail mêle ainsi souvenir personnel et émotion picturale.

Regarder une peinture de Jacques Nougaro, c’est accepter d’entrer dans un dialogue silencieux. Ses œuvres ne se livrent pas immédiatement ; elles demandent une disponibilité, une présence. Mais en retour, elles offrent une expérience intime, profondément humaine.Elles parlent du temps non comme une perte mais comme une richesse accumulée

Il aime faire vivre le réel grâce à son dialogue avec la lumière afin que le spectateur puisse ressentir cet effet à travers les yeux des sujets qu’il peint avec cette impression incroyable qui fait que le sujet semble nous regarder et que son regard est vraiment tres captif afin de ressentir cet échange de regards qui est très fort, notamment avec le portrait de sa maman et de sa fille qu’il a aimé peindre et qu’il a souhaité partager.

Vivant à Casablanca, au Maroc depuis près de 30 ans, il aime peindre les scènes de la vie quotidienne, puisant ainsi son inspiration dans l’effervescence de la ville et la richesse de son histoire. À travers son regard sensible, il cherche à retranscrire, à sa manière, des instants du passé et du présent, transformant des moments simples en scènes historiques chargées d’émotions. Ses œuvres mêlent réalité et mémoire collective, offrant une vision personnelle et profondément humaine de la vie marocaine.

Ce qui frappe dans la peinture de cet artiste c’est la justesse. Rien n’est superflu. Chaque élément semble avoir trouvé sa place naturelle, comme s’il ne pouvait en être autrement. Cette économie de moyens, loin d’appauvrir l’œuvre, lui confère au contraire une densité rare. La toile devient un espace de respiration, un lieu où l’œil peut se poser sans être agressé, où l’esprit peut circuler librement. Dans un monde saturé d’images et de stimuli, cette retenue apparaît presque comme un acte de résistance poétique.

La peinture de Jacques Nougaro s’inscrit dans une démarche artistique exigeante, sincère et résolument élégante. Elle ne cherche ni l’effet ni la démonstration, mais la vérité d’un geste et la profondeur d’une émotion. Son œuvre, empreinte de silence et de subtilité, rappelle que l’art le plus puissant est souvent celui qui parle à voix basse et qui, pour cette raison même, résonne longtemps.

À travers sa culture d’ingénieur on remarque que toutes ses toiles démarrent par une construction avec un dessin précis de ce qu’il souhaite peindre, ensuite il met différentes couches de peinture qui vont apporter de la profondeur jusqu’à ce que petit à petit il va arriver à dégager le réel qu’il veut restituer. Pour chacunes de ces œuvres il a l’impression qu’elle n’est jamais vraiment terminée, durant des jours et des nuits il pense à chaque fois à rajouter une retouche, une ombre, ou un reflet pour se rapprocher de l’impression qu’il ressent. Il essaie de transcender son travail de précision par un dialogue avec le réel afin d’oublier qu’il y a un travail de construction à la base.

La peinture, aujourd’hui, n’est plus un exercice mais une respiration. Elle s’impose comme un acte essentiel, presque méditatif. Les couleurs gagnent en profondeur, les compositions en densité émotionnelle. Rien n’est superflu. Tout est habité. Les œuvres portent la trace d’une vie traversée, observée, comprise. Elles parlent du temps, non comme une perte, mais comme une richesse accumulée.
Parmi les figures tutélaires qui ont accompagné l’artiste tout au long de sa traversée silencieuse, Jean-Siméon Chardin occupe une place à part. Non comme un modèle à imiter, mais comme une présence constante, presque intime. Chardin n’a jamais cessé d’être là, comme une voix basse rappelant l’essentiel. Il aime également Claude Gellée dit le Lorrain qui a fait des paysages tres classiques avec souvent des couchers de soleil, il admire aussi Monet, Georges de la Tour pour les effets qu’il procure avec ses lumières faibles avec les bougies, laissant parler cette pénombre, mais également Rembrandt, Kandinsky et Nicolas De Stael, avec leurs tableaux modernes aux couleurs éclatantes.

Cet artiste a exposé son travail à Casablanca, en 2023 et 2024 à la galerie Living for art, séduisant un large public par la force expressive de ses toiles, mais aussi à Paris, où son art a franchi les frontières culturelles. En septembre dernier, il a particulièrement marqué les esprits lors d’une exposition au Bastille Design Center, un événement qui a mis en lumière son talent et sa capacité à dialoguer avec des publics internationaux, organisée par la galerie TargetArt. Cette double reconnaissance, tant au Maroc qu’en France, témoigne de l’universalité de son œuvre et de sa place grandissante dans la scène artistique contemporaine.
La peinture à l’huile est un art du temps long. Elle exige patience, écoute et abandon. Chaque couche dialogue avec la précédente, chaque nuance s’installe lentement, laissant à la lumière le soin de se déposer, de s’approfondir, de respirer. Dans ce tableau représentant un coucher de soleil sur le port, l’huile révèle toute sa puissance expressive, sa capacité unique à retenir l’instant tout en lui donnant une densité presque intemporelle.
Le soleil décline à l’horizon, et avec lui le jour se retire sans disparaître tout à fait. Le ciel s’embrase de tonalités chaudes ocres dorés, rouges assourdis, roses profonds que la matière huileuse fond et mêle avec douceur. Rien n’est abrupt. Les transitions se font par glissements subtils, comme si la lumière elle-même hésitait à quitter la scène. L’huile permet cette continuité, cette profondeur vibrante que n’offre aucun autre médium.

Le port, calme et silencieux, se tient à la lisière du jour et de la nuit. Les silhouettes des bateaux s’inscrivent dans une semi-obscurité, à peine détachées de l’eau. Les reflets, étirés et fragmentés à la surface du bassin, captent les derniers feux du ciel. Ici, la peinture à l’huile excelle : la superposition des glacis donne à l’eau une densité mouvante, une présence presque tactile, où la lumière semble flotter plutôt que se refléter.
Ce tableau n’est pas seulement la représentation d’un paysage portuaire au crépuscule. Il est une méditation sur le passage, sur l’instant fragile où le jour cède la place à la nuit. Grâce à la peinture à l’huile, cet instant devient durable. Le temps se suspend, contenu dans la matière même de la toile. Dans ce coucher de soleil sur le port, l’huile affirme sa vocation profonde : traduire la lumière non comme un éclat fugitif, mais comme une présence intérieure. Une lumière qui ne s’éteint pas, mais qui se transforme, invitant le regard à la contemplation et au silence.

« La délicate lueur de cette bougie exalté et confere une atmosphère à la fois intime et modeste à la scène et en même temps fait jaillir un éclat éblouissant et ainsi que d’innombrables reflets subtils de la part du bougeoir en cristal et c’est justement cette atmosphère à la fois intime et subtile que j’essaie de transmettre dans la réalisation de mes natures mortes car c’est ce que je ressens. » Jacques Nougaro
« Objets inanimés, avez-vous donc une âme
Qui s’attache à notre âme et la force d’aimer ? » Lamartine
Cette phrase favorite résonne particulièrement dans le champ de la création artistique de Jacques Nougaro. Elle rappelle que l’artiste ne peint pas, n’écrit pas ou ne façonne pas des choses, mais des présences. La matière devient le lieu d’un attachement secret, d’un dialogue silencieux entre l’humain et ce qui l’entoure. Les objets inanimés cessent alors d’être de simples formes pour devenir porteurs d’émotion, presque vivants sous le regard qui les contemple.

Car peindre des objets, c’est précisément interroger ce mystère : comment ce qui ne vit pas peut-il nous émouvoir, nous retenir, nous habiter avec une telle intensité ? La nature morte n’est jamais immobile. Elle est un lieu de présence silencieuse, un espace où la matière devient chargée d’âme.
La nature morte devient alors un espace de dialogue intérieur. Les objets, figés en apparence, semblent porter en eux une part de l’âme de celui qui les a disposés et peints. Ils évoquent le silence d’un atelier, la lenteur du geste, l’attention portée à l’instant. Ils rappellent que la beauté ne réside pas dans l’éclat, mais dans la justesse.
En écho aux vers de Lamartine, cette œuvre invite à une contemplation apaisée. Elle ne raconte pas une histoire, elle suggère une présence. Les objets n’y sont pas inanimés : ils sont habités. Habités par le regard de l’artiste, par le temps qui s’est déposé sur la toile, et par l’émotion silencieuse qu’ils éveillent chez celui qui s’arrête pour les regarder.

Il est des œuvres qui ne se regardent pas seulement, mais qui se ressentent. La peinture de Jacques Nougaro appartient à cette catégorie rare où la matière devient langage, où la couleur s’affranchit du décoratif pour atteindre une forme de vérité intérieure. Son travail ne cherche pas à séduire par l’évidence ; il invite à la lenteur, à l’écoute, à une contemplation presque méditative.
Bouchra KIBBOU
#PEINTURE #ART
